mardi matin neuf heures, toast au basilic, confiture de cédrat, pour mettre la bouche en joie, une tasse de café, et le ciel – la gloire du bleu, petites pensées en feston
mardi matin dix heures, tenter de croire à l’action – l’hortensia, têtes sur le sol, et cette fatigue qu’est grossir
grignoter repassage, prévoir un mois sans, pendre serrés pour que se froissent
sentir la variation de la lumière, voir le ciel devenu blanc, voir retour de la lumière, voir des trouées et flèches de soleil sur le mur de la cour, sortir pour voir s’installer moutonnements noirs,
dormir, vaquer, lire en pagaille, rager pour stupidités
faire du thé aux zestes d’orange, arroser
et, tant pis s’il fait fuir, faire appel à Jean pour peupler Paumée
Jean a dit «il y a les Pouilles, il y a la Toscane, Ajaccio et Dubrovnik, il y a le basilic et la tomate», il y a le Pô, il y a les jambes de Silvana Mangano, il y a un risotto sophistiqué, il y a la polenta et le moeche de la lagune, il y a les gressins et les pâtes, les lasagnes, les conchiglies, les anchellinis ou les grattonis pour la soupe, les cheveux d’ange, les rigatonis ou les penne qui m’étouffent, préfère les bucatinis, les farfalles et les orecchiettes, les conchigliettes, les fusillis et les macaronis, les raviolis aux herbes, à la viande, à ce que veut, les cappelletis à la ricotta, les spaghettis bien entendu, mais plutôt les linguines au supion, les mafaldes qui me rassasient rien que par leur nom, et puis, souples et tendres dans la sauce qui les enrobe et pénètre, les pappardelles, les tagliatelles et les fettuccines qui sont mes préférées, il y a toutes celles, innombrables, que ne connais pas, il y a le safran, le mascarpone, le pecorino, les poivrons, le fenouil, les tomates séchées, les anchois, les coquillages, les épinards et le pesto, et il y avait les pâtes du dimanche soir en rentrant de la plage que nous oubliions et qui faisait si belle masse que nous nous forcions à manger en nous accusant mutuellement, ou qui nous forçaient au jeûne.
