Saturday January 28, 2012 at 6:34

inventaire ou liste ou rien

dans la béance de ma matinée grippée, découvert http://liminaire.fr/ateliers-d-ecriture-5/article/ateliers-d-ecriture-a-sciences-po-1222 l’atelier proposé aux élèves de Sciences po

Dresser l’inventaire de ses projets oubliés, de ses rendez-vous manqués, de ses pas perdus, de ses rêves détruits, évanouis, ravis, toutes ses phrases inachevées ou même jamais commencées. La violence des circonstances de chaque disparition ou leur prosaïsme les magnifiant. 

(Henri Lefebvre, Les unités perdues, Virgile, 2004., eu envie de tenter.

Et cette constatation immédiate : je n’ai plus depuis, longues, longues années, leur âge, et la liste serait d’une immensité défiant ma patience, dont la seule qualité serait le comique énervé qui en résulterait, tuant le risque de lamento. Et à vrai dire je n’ai pas franchement envie de me complaire, une fois encore, dans mes ratages.

J’ai commencé par refouler les trois ou quatre essentiels, qui me resteront privés, et ébauché au fil des idées, un tantinet hors de propos, ou ne tenant pas vraiment compte de ce qui était demandé :

avoir un cheval bai, savoir monter, galoper le matin sur une longue plage, errer dans la garrigue, lui parler en le soignant, et puisque nous sommes dans l’impossible, suivre avec lui les chevaux de la Garde Républicaine boulevard Saint Germain,

piloter, et là le désir est si vieux et fut si fort que m’en creuse le ventre

sortir tous les matins sur l’eau grise de l’aube, teufteufer pour sortir du port avec mon pointu, préparer en frissonnant les fils verts des palangrottes bien enroulées sur leur bloc de liège

avec un groupe réduit où je serais en surplus, dans la liberté de la marge, caboter sur un caïque le long des côtes turques,

dormir sur la plage si c’était encore toléré

vivre dans un monastère, perdu dans la campagne, un qui serait si semblable au Thoronet que ce serait lui, suivre la règle en taisant mon irréligiosité

entrer dans un salon sans craindre de dire des sottises, de tomber ou de passer totalement inaperçue,

ne pas voir rendu des pages vierges lors des versions latines de 4ème parce que je n’aimais pas la nonne qui l’enseignais et donc avoir fait du grec comme le voulais Jules (professeur de cinquième) et l’Ecole des chartes

ne pas avoir refusé de faire l’Ecole du Louvre, faute des chartes, parce que j’étais en guerre avec les conseilleurs

connaître Constantinople, New York (vraiment connaître), Hong Kong, la frontière mongole, Tamanrasset, les îles australes, les bouches du Danube, Hanoï, Rio de Janeiro, le plus petit des ports d’Islande, la jungle birmane, un bateau sur le Congo, Caen, Prague, la Poméranie, n’importe quel fjord norvégien, la terre Adélie ou Carpentras

pouvoir corriger ce qui me déplaît dans le malheur du monde

avoir une grande maison avec des armoires anciennes en noyer, en cerisier, aux grasses sculptures, pleines de linge blanc.

Savoir faire la cuisine

ne pas avoir répondu oui à une question que je n’avais pas comprise

ne pas avoir répondu non

avoir été jardinière

ne pas avoir cru que je pouvais être architecte sans essayer de rattraper mon retard en math

passer des nuits à regarder les étoiles à travers des télescopes de toutes tailles et tous âges et y comprendre quelque chose

parler de belles langues que personne ne parle

savoir donner

créer

Bon ça suffit comme ça,.. c’est n’importe quoi, tu ferais mieux de nous redresser.