Friday January 27, 2012 at 7:30

Ciel gris et lâcheté plus ou moins motivée – donc ciel

Un bousculement de gris divers au dessus de l’ancienne comédie et de son fronton rayonnant privé de lumière, un air vaguement remué, une neutralité douce en moi, m’en suis allée poster avec deux jours de retard les huit euros dus à SFR pour l’intensive utilisation de mon petit mobile (je dois être un des derniers humains qui déteste à ce point le téléphone) et renouveler ma provision de médicaments.

Navrance m’a rattrapée quand la pharmacienne, ordonnance en mains, m’a appris la mort brusque (je n’ai pas compris si c’était une crise cardiaque ou autre saleté du même ordre) de mon gastrologue au beau crâne, chose triste en soi, plus encore, égoïstement, pour moi. Le premier médecin que j’ai rencontré qui se soucie de la douleur (et nous tâtonnions ensemble pour trouver comment la neutraliser) et l’un des êtres, à Avignon, dont la conversation (évocations de lectures, spectacles, plaisanteries distraites) m’était le plus agréable.

Réalité ou psychosomatisme, carcasse peu à peu s’est mise à l’unisson, a porté le deuil, annihilé mon programme de lectures et écriture (reprendre à zéro ma tentative de texte pour les vases communicants, en optant pour une simplicité sans programme qui me convient mieux que ma tentative avortée) - et en était à tétaniser, vriller et fouailler au moment de me risquer (en non risque : quelques minutes de car direct de porte à porte, mais rien pour le retour) vers la médiathèque, place Pons, à Villeneuve-lès-Avignon, pour écouter Eric Pessan parler de son travail en cours.

J’ai noyé sous un thé chaud et pas trop fort le combat entre douleur mâtinée de lâcheté et désir de le retrouver, désir renforcé par cette note sur le journal de la Chartreuse :

«J’ai commencé un travail théâtral sur les apocalypses modernes : l’attentat, l’accident, la catastrophe naturelle. Il s’agit d’un texte polyphonique. J’explore des réactions intimes face à une situation d’effondrement. La pièce s’inclura à un ensemble que je nomme «La Négligence des hommes», qui comprend mon roman «Incident de personne»(Albin Michel), et les deux pièces «Tout doit disparaître» (éditions Théâtre Ouvert, mise en espace en 2011 au Festival d’Avignon) et «La Grande Décharge»(édition de l’Amandier)»

et, honte à moi, malgré cela, et malgré le thé, c’est la lâcheté qui a gagné, lâcheté qui me persuadait qu’au mieux je serais présence hébétée et obtuse (certainement à tort au moins pour le premier adjectif)

Pourtant :

pour «Incident de Personne» la fin de http://brigetoun.blogspot.com/2011/01/le-bruit-chatoyant-des-petites-vagues.html et l’avant-dernier passage de http://brigetoun.blogspot.com/2011/02/nouveau-pillage-ou-point-sur-certaines.html

pour «Tout doit disparaître» http://brigetoun.blogspot.com/2011/07/avignon-inquietude-pluie-theatre-ouvert.html et un passage repris http://brigetoun.wordpress.com/2011/07/21/tout-doit-disparaitre

Ce serait deux tout petits nuages blancs, comme un signe de ponctuation, très brillant, presque éblouissant, posé sur une nappe en fuite de traces blanches, si fines que transpercées par le bleu dur du ciel en travers duquel elle était jetée, deux petits points ponctuant la présence, un peu plus haut d’un nuage tourbillon dont ils semblaient avoir été éjectés. Ce serait rester un moment, interrogatif, ou intrigué plutôt, devant ce dynamisme qui nous survolerait, tenter de le suivre, s’impatienter de constater la lenteur de cet élan.