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Jan 31, 2012

Mardi c’est recyclage céleste

Ce serait des petits nuages qui se contorsionnent, dansent lentement leur attente de la nuit, se poudrent de rose délicat en regardant le soleil sombrer majestueusement.

Ce serait une grosse cohorte grise qui se lancerait, en grand élan, au travers de notre ciel, le barrant avec autorité en diagonale mouvementée, bosselée, creusée de lueurs, et la regardant je tenterais de croire qu’elle serait signe de la déroute de ma tristesse, annonce de la ruée d’une lumière dont il serait toujours temps de déplorer la violence, avec une mauvaise foi délibérée, quand elle nous baignerait enfin.

Ce serait un jour tendre. Le ciel serait d’un bleu sans violence, presque un ciel d’affiche, ou de dessin, juste un peu trop chargé de mauve, un bleu presque pur, mais l’enfant qui l’aurait dessiné aurait maladroitement lancé un coup de crayon, en chemin vers la maison ou l’arbre qu’il voulait tracer, et en le gommant, ce trait, il aurait laissé une trace blanche comme un sillage d’avion – et un petit nuage, léger, effiloché, s’effaçant pour éviter toute remarque, serait venu se joindre à ce sillage.

(trois paragraphes de convois des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/

Jan 30, 2012

“Les Fruits d’or” Publié le janvier 30, 2012 

«Très bon l’article de Brulé sur Les Fruits d’or. De tout premier ordre. Parfait.»

Le ton impassible est celui de la froide constatation. Dans le visage immobile, le regard fixe est dirigé droit devant soi comme la bouche du canon que le soldat immobile sur son char pointe en avant, tandis qu’avec l’armée victorieuse il défile dans les rues de la ville occupée.

Inutile de fouiller à droite et à gauche : toute velléité de résistance est écrasée. Qui oserait broncher ? Les révoltés, les fortes têtes, vous tous, là-bas, qui vouliez faire table rase, qui dansiez sur les belles terres plantureuses que vous aviez dévastées vos danses sauvages, poussiez vos cris, vous le savez maintenant, la fête est finie. Les vrais valeurs triomphent. Les honnêtes gens peuvent respirer. Ah, on peut le dire, on revient de loin. Les hordes glapissantes avaient tout envahi, la plèbe ignare, répandue partout, lacérait les images sacrées, profanait les lieux saints. N’importe quelle brute barbare, jaillie on ne sait d’où, clamait des déclarations insensées. On avait tout supporté en silence. Chaque jour, il avait fallu voir les amis les plus sûrs passer bassement du côté des puissants. Puanteurs et sueurs. Ignobles grasseyements. Mots orduriers. Il avait fallu subir tout cela. Observer, impuissant, tous les dérèglements, foisonnements, grouillements, magnas informes, sombres fouillis, nuits traversées de sinistres lueurs.

Et soudain, ce miracle. Cette petite chose d’aspect modeste et anodin. Pucelle dans sa robe de bergère. D’un seul coup, toutes les forces du mal sont balayées. L’ordre règne, enfin. Nous sommes délivrés. Maintenant on apprendra à tous les paresseux, les ignorants, les enfants de la nature, les forts tempéraments, à marcher droit. À respecter les règles du savoir-vivre, de la bienséance. On leur apprendra – ah c’est dur, n’est-ce-pas ? – que la littérature est un lieu sacré, fermé, où seul un humble apprentissage, l’étude patiente des maîtres peut donner le droit à quelques rares élus de pénétrer. Les tricheurs, les parvenus, les intrus sont exclus.

De toutes parts on vient maintenant témoigner de sa fidélité, de sa soumission à l’ordre enfin rétabli, rendre hommage.

Voici les grands corps de l’État. Le gouvernement. Les membres des assemblées. Les cinq académies. Les grandes écoles. Les facultés.

Nathalie Sarraute

«Les Fruits d’or»

la Pléiade

image http://curiositedequalite.blogspot.com/2010/12/les-fruits-dor.html

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Jan 30, 2012

N’importe quoi

Elle ne dormait pas. L’aube était légère et gaie – bien allègrement, petite liesse en elle flottait – mais à la longue, elle a trouvé l’aube très vide, et froide. A fermé les yeux, lentement coulé.

Quand s’est réveillée, un peu trop tôt ou un peu trop tard, voix à la radio, autisme des politologues, discours partout autour des nombrils, dans ce que lisait - ou le pensait son nombril. Était maussade et à contre temps. En refus.

S’en est allée en quête, dans l’idée des rues, entre voitures endormies

et murs noyés dans l’ombre.

Sourire à la promesse, dans les hauts, posée par l’arrivée de la lumière

Elle a marché sous le bleu affermi – le regardait et s’en nourrissait.

Un pigeon, caché dans la lumière, tout en haut, drôle de pigeon, un pigeon parlant, seul pigeon en ce monde, qui n’était peut-être pas idiot – mais le sont-ils tant ? On le dit. Et puis qu’importe – un pigeon l’a appelée, et l’a invitée.

Ils ont cheminé côte à côte, à petits pas décidés – les mots que leur permettait, humblement, la taille de leurs cerveaux, pas si nuls pourtant, peut-être – avançaient en devisant…

Ils sont arrivés, à un trou dans les maisons, à un pan de mur dans le soleil – il a dit c’est là.

La table était très belle, ou l’aurait voulu, brillante, toute pailletée – tant qu’inutilisable – se sont régalés : amabilités très gracieuses, quelques très fines graines, vers ou riens, noblement servis. Oui ce fut un fier festin.

n’importe quoi, j’étais obstinément d’humeur vaguement boueuse, goût du ratage

Jan 30, 2012

L’écran de l’ordinateur Publié le janvier 29, 2012  


Léonard de Vinci pose une disjonction entre la surface, conçue comme frontière, et l’objet dont elle est surface et à quoi elle n’appartient pas. Je défends l’idée que c’est parce que l’écran de l’ordinateur allumé est une surface au sens de frontière qu’il ne fait pas partie de l’objet matériel qu’est l’ordinateur éteint.

Si l’écran est une frontière, alors il a les caractéristiques de la frontière qui sont les suivantes (et je souligne que ces caractéristiques ne sont pas celles d’un objet matériel, ce qui souligne encore que l’ordinateur allumé est un objet immatériel, disjoint de l’objet matériel qu’est l’ordinateur éteint) : la frontière ne fait pas partie de A ni de B mais connecte A et B. La frontière ne coupe pas, elle connecte.

À partir de quoi nous pouvons penser l’écran allumé non plus comme une surface mais comme la frontière de deux réalités, matérielle et immatérielle. Il y a des raisons de penser que l’écran allumé est une frontière entre une région du monde à laquelle nous avons accès immédiatement, et un région de notre monde à laquelle nous n’avons affaire que par l’intermédiaire de notre ordinateur qua allumé. Si nous pensons l’écran comme une frontière logique, et non pas physique, en suivant les termes de Léonard de Vinci, nous sommes en mesure de résoudre un certain nombre de difficultés qu’il pourrait y avoir à penser le contact entre cette région du monde immédiatement accessible, par l’intermédiaire des seuls sens, et cette région du même monde, qui demande, pour être accessible, un écran d’ordinateur ou de smartphone ou d’iPad. L’analogie entre l’écran et la fenêtre se termine donc là : la fenêtre est un obstacle entre deux régions du monde, alors que l’écran est une frontière, donc une connexion, entre deux régions du monde.

Isabelle Pariente-Butterlin

«À la frontière de deux mondes, ontologie de l’écran»

dans

«Sites & écritures»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504783

Jan 30, 2012
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