Sunday January 29, 2012 at 12:42

Sunday January 29, 2012 at 11:11

“J’en parlais il y a quelques jours: parution chez Publie.net des Todo Listes de Christine Jeanney: pendant plusieurs mois, écriture quotidienne à partir de photographies envoyées par des amis et connaissances, l’ensemble des 180 premiers (car l’av”

L’oeil vif de Christine Jeanney

Sunday January 29, 2012 at 4:43

Invitation à un voyage en terre de sage fantaisie (en fait pillage éhonté)

M’en suis allé en fin de matinée acheter de grosses pommes, avec fin chandail sous ma parka, puisque le ciel était si lumineux.

Et m’en suis revenue recroquevillée sur mon reste de chaleur intérieure – ciel beau, oui, et durement nourri de la lumière qui étincelait sur le vitrail de Saint Agricol, mais compagnon d’un froid qui est entré dans mes os et s’y est éternisé, pendant que j’inscrivais deux livres sur Babelio avant de m’autoriser à reprendre une petite promenade dans la « merveille du jour » (me demande bien pourquoi je mets des guillemets, là.. si.. pour tenir compte de l’aimable simplicité de l’auteur), le regroupement des 180 premières des todo-listes quotidiennes de Christine Jeanney sur http://tentatives.eklablog.fr/to-do-liste (mon rendez-vous chaque matin pour entrer dans le jour), remarquable travail des petites ou grandes mains de Publie.net

«Les Sirènes, on ne les voit pas, un couvercle est posé dessus » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506039/les-sirènes-on-ne-les-voit-pas-un-couvercle-est-posé-dessus

La dame dit qu’en partant d’une photo qu’elle choisit dans celles que nous lui envoyons, elle se « donne ensuite la journée pour écrire une liste de 4 points /occurrences /choses à faire, à dire ou à penser en réaction / réponse / écho à cette photo, ma « Todo liste ». Le résultat est mis en ligne à 00h01 sur le blog tentatives. Parfois, j’écris le texte d’un seul jet, d’autres fois, il me faut la journée entière et je le modifie jusqu’à 23h59. »

Jolie idée n’est ce pas ? Et il faut dire que les photos sont en général inspirantes, belles ou étranges ou belles et étranges (je ne le dis pas parce que plusieurs, dont la première et la dernière, veinarde suis, sont de moi, même si la connexion faiblarde et fluctuante de ma clé 3G en a supprimé la plupart, comme une ou deux des autres, sur mon Archos qui, étant mien, est déjà un peu cabochard) mais cela ne dit rien du plaisir avec lequel on découvre chaque fois ce qu’en font sa fantaisie souriante, son imagination grave, son écriture.

Alors, vais être longue et paresseuse, pour vous mettre en appétit, j’en reprends trois ou quatre, en espérant que cette copie ne me mettra pas hors la loi, et comme le temps était encore plus ailé que les doigts de Christine sur son clavier, n’ait pas pu retrouver, sélectionner celles que je préfère, me promener à loisir, et ce sera au hasard, réellement, en privilégiant le début, de crainte de n’en pas finir avant trois heures du matin (il y a une girafe entre autres qui se niche quelque part… et des dérives délectables, enfin si vous le voulez la découverte vous est ouverte)

Commençant par la première (photo à partir de : lire en ligne)

– penser à classer les oignons par tailles, ceux qui s’épluchent d’un côté et les toulisses de l’autre

– penser à protéger ses yeux

– penser les couches successives

– penser les dessiner, quelle couleur employer, des pastels ? ce sera difficile, ou comme l’heuchera les nommer « désespoir du peintre », voilà

photo © brigitte célérier

(photo EBook sur Archos)

– penser le courant, aucune idée d’où il transporte

– penser se coucher, faire la planche

– penser que ce qui se trame dessous décide de la couleur du ciel, ou c’est l’inverse

– il faudrait suivre le dédale des branches et puis faire demi-tour, refuser la sortie brutale, le labyrinthe en soi suffit, laisser couler

photo © hervé jeanney

(photo du PDF)

– penser le soir, penser le matin, penser la durée

– penser un visage autre qui percerait le voile immatériel, pays étrange

– penser l’effet miroir et qu’est-ce que tu donnerais pour vivre cette jonction entre toi et toi, et qu’y a-t-il derrière la butte, toutes ces questions en grappes qui attendent et pas assez de bras et de jambes pour les ceinturer toutes, ces mots agrippés et mécaniques complexes, humaines ou métalliques, se repérer aux éléments

– rebrousser chemin et rentrer (ou le faire croire, car bien sûr qu’on resterait là, assis, jusqu’à la nuit, certain d’y être)

photo © pierre chantelois

– la main n’ose pas toucher

– pourtant au creux de la paume, la matière s’est reconnue, a remplacé la peau

– le creux on n’ose pas toucher, la crainte d’éveiller pandore et des mystères (au fond de la bouche noire, chant, chante, lente mélodie répétitive, voix cassée scandée, souffle, lâche déroule souffle, des battements, luttes, accompagnent et frottements, balancent, corps et voix qui risquent, les voix se risquent, épuisent, s’épuisent de souffle, le creux le sombre, ils sont plusieurs, leurs voix autour à scander à souffler et à répéter glissent, ils glissent, ils parlent dans la première nuit, la nuit secrète)

– le reste du volume on imagine, avec les yeux fermés

photo © jean prod’hom

bon, je dépasse les 3 ou 4, mais.. que voulez-vous ?

En avançant tout de même, parce que le temps les a fait évoluer et que j’ai un faible pour celle-ci

Et puis, la dernière, un peu par narcissisme (non) surtout parce que.. lisez

– accident de pollen, oh ma sœur

– le hasard hasardeux qui fait vivre ou décide que non, ou qu’un peu, ou grandement, que lui seul aux termes du contrat gardera l’aléa en seule obligation (cliquez pour accepter / ne cliquez pas, c’est la même chose)

– fleur de raiponce qui soigne, princesse dans le désert, elle erre, elle pleure en s’accrochant au cou du prince aveugle, il retrouve la vue, c’est bien qui finit bien et la sorcière ? on l’exécute à grands coups de pollen sur la tête, au hasard (tout s’organise fort à propos commentent les frères Grimm qui connaissent la musique, et celle de Brême aussi)

– oh ma sœur, l’œil a-t-il disparu ? dit en tremblant Tsilla (la graine ne répond pas, trop occupée à poindre, cette conscience qu’elle a du refus de flétrir s’insinue, se déploie, résiste, insiste, rebelle, frondeuse, elle survivra, au moins le temps d’une feuille)

photo © brigitte célérier

J’espère que Christine me pardonnera d’avoir repris in extenso chaque todo liste, mais elles constituent des petits mondes que l’in ne peut démembrer. Et, vous ne pouvez imaginer combien certaines photos sont extraordinaires.

Brigetoun longue et paresseuse – merci aux sirènes

Sunday January 29, 2012 at 4:38

À Ernest Feydeau

(Croisset), jeudi soir, (6 août 1857)

Mon Vieux,

Tu es le plus charmant mortel que je connaisse ; et j’ai eu bien raison de t’aimer à première vue. Voilà ce que j’ai à te dire d’abord, et puis que je suis un serein, un chien hargneux, un individu désagréable et rébarbatif, etc., etc.

Oui, la littérature m’embête au suprême degré ! Mais ce n’est pas ma faute. Elle est devenue chez moi une vérole constitutionnelle ; il n’y a pas moyen de s’en débarrasser ! Je suis abruti d’art et d’esthétique et il m’es impossible de vivre un jour sans gratter cette incurable plaie, qui me ronge.

Je n’ai (si, tu veux savoir mon opinion intime et franche) rien écrit qui me satisfasse pleinement. J’ai en moi, et très net, il me semble, un idéal (pardon du mot), un idéal de style, dont la poursuite me fait haleter sans trêve. – Aussi le désespoir est mon état normal. Il faut une violente distraction pour m’en sortir. Et puis, je ne suis pas naturellement gai. Bas-bouffon et obscène tant que tu voudras, mais lugubre nonobstant. Bref, la vie m’emmerde cordialement, voilà ma profession de foi.

Depuis six semaines, je recule comme un lâche devant Carthage. J’accumule notes sur notes, livres sur livres, car je ne me sens pas en train. Je ne vois pas nettement mon objectif. Pour qu’un livre «sue» la vérité, il faut être bourré de son sujet jusque pas dessus les oreilles. Alors la couleur vient tout naturellement, comme un résultat fatal et comme une floraison de l’idée même.

Actuellement, je suis perdu dans Pline que je relis pour la seconde fois de ma vie d’un bout à l’autre. J’ai encore diverses recherches à faire dans Athénée et dans Xénophon, de plus cinq ou six mémoires dans l’Académie des Inscriptions. Et puis, ma foi, je crois que ce sera tout ! Alors, je ruminerai mon plan qui est fait et je m’y mettrai ! Et les affres de la phrase commenceront, les supplices de l’assonance, les tortures de la période ! Je suerai et me retournerai (comme Guatimozin) sur mes métaphores…

Adieu, mon vieux. Je t’embrasse.

Gustave Flaubert

«Correspoondance»

Choix et présentation de Bernard Masson

Folio classique

image http://norwitch.wordpress.com/category/lieux/croisset/

Saturday January 28, 2012 at 15:04

Saturday January 28, 2012 at 13:13

Saturday January 28, 2012 at 11:46

Saturday January 28, 2012 at 6:34

inventaire ou liste ou rien

dans la béance de ma matinée grippée, découvert http://liminaire.fr/ateliers-d-ecriture-5/article/ateliers-d-ecriture-a-sciences-po-1222 l’atelier proposé aux élèves de Sciences po

Dresser l’inventaire de ses projets oubliés, de ses rendez-vous manqués, de ses pas perdus, de ses rêves détruits, évanouis, ravis, toutes ses phrases inachevées ou même jamais commencées. La violence des circonstances de chaque disparition ou leur prosaïsme les magnifiant. 

(Henri Lefebvre, Les unités perdues, Virgile, 2004., eu envie de tenter.

Et cette constatation immédiate : je n’ai plus depuis, longues, longues années, leur âge, et la liste serait d’une immensité défiant ma patience, dont la seule qualité serait le comique énervé qui en résulterait, tuant le risque de lamento. Et à vrai dire je n’ai pas franchement envie de me complaire, une fois encore, dans mes ratages.

J’ai commencé par refouler les trois ou quatre essentiels, qui me resteront privés, et ébauché au fil des idées, un tantinet hors de propos, ou ne tenant pas vraiment compte de ce qui était demandé :

avoir un cheval bai, savoir monter, galoper le matin sur une longue plage, errer dans la garrigue, lui parler en le soignant, et puisque nous sommes dans l’impossible, suivre avec lui les chevaux de la Garde Républicaine boulevard Saint Germain,

piloter, et là le désir est si vieux et fut si fort que m’en creuse le ventre

sortir tous les matins sur l’eau grise de l’aube, teufteufer pour sortir du port avec mon pointu, préparer en frissonnant les fils verts des palangrottes bien enroulées sur leur bloc de liège

avec un groupe réduit où je serais en surplus, dans la liberté de la marge, caboter sur un caïque le long des côtes turques,

dormir sur la plage si c’était encore toléré

vivre dans un monastère, perdu dans la campagne, un qui serait si semblable au Thoronet que ce serait lui, suivre la règle en taisant mon irréligiosité

entrer dans un salon sans craindre de dire des sottises, de tomber ou de passer totalement inaperçue,

ne pas voir rendu des pages vierges lors des versions latines de 4ème parce que je n’aimais pas la nonne qui l’enseignais et donc avoir fait du grec comme le voulais Jules (professeur de cinquième) et l’Ecole des chartes

ne pas avoir refusé de faire l’Ecole du Louvre, faute des chartes, parce que j’étais en guerre avec les conseilleurs

connaître Constantinople, New York (vraiment connaître), Hong Kong, la frontière mongole, Tamanrasset, les îles australes, les bouches du Danube, Hanoï, Rio de Janeiro, le plus petit des ports d’Islande, la jungle birmane, un bateau sur le Congo, Caen, Prague, la Poméranie, n’importe quel fjord norvégien, la terre Adélie ou Carpentras

pouvoir corriger ce qui me déplaît dans le malheur du monde

avoir une grande maison avec des armoires anciennes en noyer, en cerisier, aux grasses sculptures, pleines de linge blanc.

Savoir faire la cuisine

ne pas avoir répondu oui à une question que je n’avais pas comprise

ne pas avoir répondu non

avoir été jardinière

ne pas avoir cru que je pouvais être architecte sans essayer de rattraper mon retard en math

passer des nuits à regarder les étoiles à travers des télescopes de toutes tailles et tous âges et y comprendre quelque chose

parler de belles langues que personne ne parle

savoir donner

créer

Bon ça suffit comme ça,.. c’est n’importe quoi, tu ferais mieux de nous redresser.

Saturday January 28, 2012 at 6:34

Au café

1991. À l’Eden, j’échange trois mots par an avec Tàssos, l’un de serveurs. Ce soir-là, il se penche et me glisse à l’oreille : Moi aussi j’écris. Viens voir.

Il m’entraîne jusqu’au bar, en sort un gros cahier, me fait asseoir et se met à lire. Des poèmes, évidemment. Dans le vacarme de la salle j’entends un mot sur deux. Autant que je puisse juger, ce n’est pas mal ; pas très nouveau, et même carrément pompé sur Kavvadìas, mais avec une certaine virtuosité technique, vers réguliers, rimes riches. Je lui demande, Quels poètes lis-tu ? Aimes-tu Kavvadìas ? Je te demande ça parce que je suis en train de le traduire. Il fronce les sourcils : Moi, je ne suis influencé par personne. Et je sais que c’est bien, ce que j’écris. Je suis allé voir les Académiciens qui m’ont encouragé. J’ai même eu le prix Kavvadìas pour mon poème « Hommage à Kavvadìas » ; tu as lu Kavvadìas ?

Feuilletant le roman de Koumandarèas que je trimballe, il tombe sur le mot pédé. Moue de mépris. Pédé ! Il a écrit ce mot-là ! Mais ce n’est pas de la littérature ! Va voir chez les grands écrivains, les Balzac, les Victor Hugo, tu ne trouveras jamais des mots pareils !

Quant à Elỳtis, s’il a fait une grande carrière, c’est qu’il était assez riche pour se tourner les pouces toute sa vie et graisser la patte aux jurés du Nobel.

N’empêche, un serveur de restaurant poète…

Michel Volkovitch

«Elle, ma Grèce»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500594

image http://smart-voyageur.com/

Saturday January 28, 2012 at 6:33

Page 1 of 1206